Les Glaces Pompon à Deauville - Cent ans de présence sur la plage
Les Glaces Pompon à Deauville -  Quarante ans de présence sur la plage

Le dernier numéro d'Athéna sur la Touques, revue trimestrielle de l'association des Amis du Musée de Trouville et du Passé régional, consacre un dossier à l'histoire des Glaces Pompon. Cette grande épopée a débuté au lendemain de la Première Guerre mondiale.  Claude Doyennel consacre une douzaine de pages à la passionnante histoire des glaces Pompon, tellement présentes dans le paysage trouvillo-deauvillais. Leur histoire remonte au lendemain de la Première Guerre mondiale par l'arrivée, les uns après les autres, de quatre frères et soeurs originaires du Nord de l'Espagne - les Ortiz. La vente des premières glaces par la famille Ortiz a commencé le 19 juin 1919, la société se développant dans les années suivantes à Lisieux. En 1922, Manuel Ortiz se marie avec Esther Doyennel, descendante d'une vieille famille d'agriculteurs de l'Orne, installée à Vimoutiers.Manuel qui tient un magasin de fruits et primeurs à Vimoutiers, rencontre une certaine hostilité des commerçants. Il partira travailler dans une mine l'hiver, à Lens, revenant dans le Pays d'Auge l'été pour vendre des primeurs et glaces. L'affaire, si elle a parfois changé de mains, est toujours restée dans la famille. Athéna sur la Touques rapporte ses développements dans les moindres détails.

Après la seconde guerre mondiale, dans l'euphorie de la Libération, les glaces Pompon ont connu une expension spectaculaire. On a compté dans les années qui ont suivi, jusqu'à 17 personnes employées l'été, avec des points de vente répartis à Trouville et Deauville. Petit à petit, la réglementation municipale a officialisé les emplacements de vente, "probablement créés par la coutume depuis la première Guerre". En 1950, la première voiture en fer succède aux voitures en bois. Ce changement marque une véritable évolution. Le vendeur ne se tient plus derrière, mais monte dans la voiture, surplombant désormais la file des clients. Les deux voitures en fer ont été attribuées aux vendeuses tenant les meilleurs emplacements sur les planches de Deauville, où. d'innombrables touristes les ont immortalisés avec leur appareils photo. Plusieurs générations se souviendront à jamais des glaces Pompon, symbolisant leurs vacances au bord de la mer. Andrée Rufin a décidé que la saison 1993 serait la dernière. Elle prend une retraite bien méritée, mais il y aura comme un vide sur les planches de Deauville. Depuis longtemps déjà, les sites de Trouville n'étaient plus exploités", note enfin Claude Doyennel.

Les grands-pères amenant leurs petits enfants choisir un cornet de glace, sur la plage de Deauville, retrouvent leurs vacances d'antan. Même petit charriot, toujours impeccablement repeint, mêmes boules savoureuses dans le petit cornet gaufré. Seule concession à la nouveauté, la petite voiture est maintenant tractée derrière une auto et non plus poussée à la main, et aux délicieuses glaces au lait, se sont ajoutées les "freeze" à l'eau, réclamées par des adolescents voulant être "in". Dans les anciens temps, il y avait trois voiturettes, toutes tenues par les membres de la même famille. Aujourd'hui, une seule demeure, tenue par Andrée Rufin, nièce des fondateurs de la Maison."Mon oncle Ortiz était espagnol. Ayant épousé une deauvillaise, il eut l'idée de vendre des glaces sur la plage, s'attachant à faire lui-même des produits bons, afin de créer une clientèle stable. Après lui, mes parents ont repris l'affaire, puis moi avec ma soeur, explique Andrée Rufin. J'ai commencé en 1954. Je retrouve mes anciens clients enfantins, devenus adultes. Ils me reconnaissent. Moi, pas du premier coup. Un enfant change tellement quand il devient adulte. Ils me rappellent des anecdotes, alors je me souviens d'eux.".

Cependant, malgré son sourire, Andrée Rufin regrette un peu les anciens temps."Les fidèles de Deauville restent moins de temps que jadis. Les gens ont la bougeotte. Beaucoup de villas ont été détruites. D'autre part, les cars ne pouvant pénétrer jusqu'à la plage, cette clientèle facile a disparu". D'ailleurs, la concurence est dure. Tout le monde vend des glaces. "Même les marchands de vêtements"."Je ne viens que l'après-midi. Le matin, je fabrique mes glaces avec la recette de l'oncle Ortiz. Tout est frais, ce ne sont pas des glaces industrielles". Andrée Rufin, née Laurent, prétend que cet été sera sa dernière saison. "En septembre , je décroche" dit-elle. Son propos avait été semblable l'an dernier. Il est à espérer qu'elle ne tiendra pas parole et qu'on reverra encore longtemps les Glaces Pompon et leur serveuse, au blanc tablier immaculé.

Quarante années sur la plage de Deauville
DEAUVILLE TROUVILLE Une saga internationale et deauvillaisejuillet-août 2018