Le Groupe Ortiz-Miko à Saint-Dizier
L'entreprise mondialement connue sous la marque "Ortiz-Miko" a été créée à Saint-Dizier au début des années 20 par Luiz Ortiz, cousin des fondateurs des Glaces Pompon à Deauville (Fernand, Joseph et Manuel Ortiz). Après Luiz Ortiz, le développement de cette entreprise a été assuré par ses cinq fils : Louis, Vidal, Jean, Joseph et André Ortiz. Les liens ci-dessous renvoient vers des articles de presse évoquant la saga Ortiz-Miko de Saint-Dizier.
Musée Ortiz-Miko
La saga Ortiz-Miko passait aussi par Metz. Ortiz, un paysan espagnol qui a fui la misère pour devenir glacier ambulant. Les fils de ce glacier ont réussi à transformer la petite entreprise familiale en un véritable empire, avec un nom, Miko, qui reste dans toutes les mémoires. Le 23 novembre, à l'occasion de l'inauguration de la boutique «Un jour, un artisan lorrain» rue des Allemands, les Ortiz messins ouvrent les portes de leur entrepôt…juste en face. « N'oubliez pas de le dire : dans les années 80, un bâtonnet sur deux en France était fabriqué par Miko ». Dans sa maison natale, rue des Allemands, Martial et sa maman Jeannine, la branche messine de la famille Ortiz, ont voulu s'associer à cette célébration du savoir-faire de l'artisan en mettant à la disposition des invités leur entrepôt familial. Car Miko est aussi l'exemple d'un empire industriel parti d'un talent personnel. Tout commence en 1921, quand Luis Ortiz, un immigrant espagnol quitte son pays cantabrique pour tenter sa chance dans l'Eldorado français. Ce pasiego (le nom des habitants de la vallée du Rio Pas, dans la province de Santander) vient dans l'Hexagone pour y vendre des marrons chauds l'hiver, de la glace l'été. Transportant sur son dos une machine à fabriquer des «oublies», de délicieuses gaufrettes sucrées, Luis va travailler du Pays basque à la Côte d'Azur avant de monter vers l'Est. Il y rencontre une fille de son pays Mercedes Martinez et les jeunes gens se marient en 1911 à Nancy. Après un épisode aux chantiers navals de Rochefort pendant la grande guerre, Luis revient dans l'Est et tente sa chance à Saint-Dizier. Il promène sa carriole de marchand ambulant dans toutes les fêtes foraines, sur tous les jardins publics pour vendre ses marrons et ses glaces. Les « Titiz » comme on surnomme alors les cinq garçons de la famille Ortiz battent la campagne. Louis, l'aîné des enfants, se rappelle qu'il faisait facilement 30 kilomètres par jour en poussant sa carriole ! A l'entracte C'est dans les années trente que le cinéma, faisant son apparition en province, va booster la vente des crèmes glacées. Saint-Dizier compte alors cinq salles et la famille Ortiz s'y poste pour vendre des spécialités. Succès garanti. Les Ortiz se constituent en SARL en 1943. Un des frères, André (le mari de Jeannine et le père de Martial) ouvre à Metz, en 1947, le premier véritable dépôt de glaces Ortiz, d'abord rue du Faisan, puis rue des Allemands. Un coup de pouce va être donné en septembre 1944. Les Bragards de Saint-Dizier accueillent des GI's qui arrivent avec cigarettes, chocolats et chewing-gums mais ne trouvent pas ici leur spécialité américaine : l'ice-cream. La famille Ortiz qui a sympathisé avec les soldats dont beaucoup sont d'origine hispanique, va les régaler. Bâtonnet glacé L'aventure connaît un nouvel essor quand les Ortiz adoptent le principe de la glace en bâtonnet inventé en 1922 par un nommé Christian Nelson, et introduit en France par Barnabé Martinez… un cousin des Ortiz. Deux frères, Louis et Vidal partent aux Etats-Unis, le paradis des crèmes glacées, en découvrent les perspectives et parmi les premiers en France, vont s'équiper d'une machine robotisée danoise pour leurs bâtonnets. Elle permet de fabriquer 4 000 bâtonnets à l'heure, alors qu'avec leurs moules traditionnels, ils n'en faisaient que 12 à la fois. En 1951, l'entreprise est baptisée Miko. La petite histoire dit que cela viendrait du surnom d'un gamin, Mik ou de son fox-terrier dont le nom se finissait en ko. Miko c'est jeune, c'est américain, ça sonne bien. Le Miko va devenir la gourmandise des salles obscures. Miko, c'est le goût de l'entracte (le nom aussi d'un livre écrit en 1992 par Jean Garrigues, professeur d'histoire. Un livre dont la préface a été écrite par un certain… Frédéric Mitterrand, aujourd'hui ministre de la Culture). En 1964, Miko compte quinze mille détaillants et l'enseigne remporte la guerre des glaces. Elle rachète Délico à une multinationale, ouvre une usine ultramoderne à Saint-Dizier. Sur le Tour de France Au début des années 70, l'empire Miko compte 1 100 employés, 600 véhicules frigorifiques, 80 000 m2 d'usines, 100 000 m3 de chambres froides, 150 dépôts et concessionnaires et 90 000 points de vente. Miko va patronner le maillot jaune du Tour de France cycliste. Plus tard, il sponsorisera sa propre équipe. Jusqu'en 1975, un bâtonnet glacé sur deux vendus en France sera un Miko. Le dépôt de Metz restera l'un des plus grands du pays. Il quitte le centre ville pour des entrepôts rue Joseph-Cugnot à Borny. En 1994, la multinationale anglo-néerlandaise Unilever rachète Miko qui emploie alors 6 000 personnes. C'est la fin d'une success story à la française d'une famille d'origine espagnole. A Metz Jeannine et Martial ont conservé quelques véhicules, des carrioles, des triporteurs, une Aronde, un «Tube» Citroën et même un stand avec son cornet tournant. Et toute la comptabilité d'une famille de travailleurs qui a su turbiner la glace et fabriquer un produit devenu presque un nom courant. Ici on dit toujours un Miko plutôt qu'un esquimau...